Au Japon, la grue, ou « tsuru » (鶴), est vénérée comme symbole de longévité, de prospérité et de bonne fortune. L'importance des grues dans la culture japonaise peut être constatée dans les proverbes, le folklore, l'art et les pratiques traditionnelles, où elles sont souvent décrites comme des créatures de bon augure. Malgré les variations dans les interprétations culturelles à travers le monde – comme la grue considérée comme un signe avant-coureur de la mort dans la mythologie celtique ou un symbole des forces obscures dans le vaudou haïtien – au Japon, l'oiseau a toujours été associé à des significations positives.
L'une des traditions les plus anciennes impliquant les grues au Japon est la pratique des grues en papier pliantes, connues sous le nom de « orizuru » (折り鶴). L'histoire du pliage du papier au Japon remonte à environ 610 après JC, lorsque l'art de la fabrication du papier a été introduit en provenance de Chine. Au fil du temps, les artisans japonais ont développé le « washi » (和紙), un papier résistant et fin devenu indispensable dans la vie quotidienne, notamment au sein de l'aristocratie. Le washi était initialement utilisé pour emballer des cadeaux et des offrandes religieuses, mais à mesure que les techniques de pliage évoluaient, il a également été appliqué à la réalisation de motifs plus complexes.
L'origami en tant qu'activité récréative a commencé à se répandre parmi le grand public à l'époque d'Edo (1600-1868), lorsque la production de papier a augmenté. Dans les années 1700, les grues pliantes sont devenues un passe-temps populaire pour les enfants et les adultes. Cela a conduit à la création du « senbazuru » (千羽鶴), ou « mille grues », un puissant symbole d'espoir et de vœux.
L'expression « Une grue vit mille ans, une tortue dix mille » (« 鶴は千年、亀は万年 ») résume l'association culturelle des grues avec la longévité. La grue spécifique référencée ici est la grue à couronne rouge, ou « tanchozuru » (丹頂鶴), connue pour sa crête rouge distinctive et sa durée de vie de 20 à 30 ans dans la nature, bien qu'elle puisse vivre jusqu'à 50 ans en captivité.
Plier des grues en papier est souvent considéré comme un geste de paix, de guérison et d’espoir. La tradition « senbazuru » veut que si une personne plie mille grues, elle réalisera un vœu ou connaîtra la bonne fortune. C’est également un symbole de force collective, car les individus plient souvent des grues pour quelqu’un confronté à une maladie ou à des difficultés, avec la conviction que l’effort combiné apportera la guérison ou le rétablissement.
Il convient de noter que le nombre « 1 000 » dans le « senbazuru » est symbolique plutôt qu’exact, signifiant un nombre grand ou abondant. Par conséquent, plier un peu plus ou moins d’un millier de grues a toujours la même signification.
Dans la culture japonaise, la grue reste une créature vénérée d'élégance et de symbolisme, et son rôle dans des traditions telles que l'origami garantit son héritage en tant que symbole intemporel de bonne fortune et de résilience.